Je mourrais sûrement dans l'indifférence générale. Je me rend déjà bien compte que mon vivant ne suscite pas l'attention qu'une bronchite de rockstar mourante pourrait susciter dans les médias.
Dans n'importe quelle meute, n'importe quelle troupe, n'importe quelle horde, je me confronte au syndrôme du mouton noir, et comme beaucoup d'entre nous, je pourrais afficher fièrement ma rebellitude exhacerbée et transformer du bout de l'index, les plus puantes des merde en or. Hors, un problème se pose à moi. Qu'on soit blanc, ou noir, nous appartenons pour ou contre notre gré à un groupe, toujours. Or qu'est ce qu'un groupe ? Selon le dictionnaire, ce mot a plusieurs sens, que je vais m'empresser de vous faire partager, en y analysant avec mon flegme protestataire de fils d'ouvrier beaufisé par la boisson fermentée, pourquoi le groupe et moi sommes incompatibles.
Sens n°1: "Rassemblement de personnes dans un même endroit"... Je passe la plus grande partie de mon temps dans mon 2 pièces et j'ai pu y constater que jamais personne n'en a fait un point de rendez-vous pour s'insurger contre le SMIC horaire ou la qualité de la charcuterie premier prix. Ma lucidité et mon pessimisme effrayent la populasse, je ne vois pas d'autre explications.
Sens n°2: "Ensemble de choses ou de personnes ayant des points communs"... C'est la culture de chacun qui fait que certaines personnes se sentent plus proches que d'autres et vice-versa. En revanche, moi, malgré mes efforts acharnés pour pouvoir supporter "Hugo Tout Seul" ou écouter 1995 pendant plus de 5 minutes, je dois me rendre à l'évidence, je suis inculte, et n'ai jamais réussi à le partager avec un autre inadapté de la culture.
Sens n°3: "Petite formation musicale"... J'ai beau être petit et formé, si j'étais musicien, ça se saurait.
Sens n°4 (le dernier): "Façon dont on classe le sang selon ses propriétés"... Nous nous éloignons quelque peu du sujêt, et en plus de ça je ne connais pas la marque de mon sang.

Je mourrais sûrement dans l'indifférence générale, et il y a à ça des avantages. J'échapperais par exemple à cette scène populaire et mieleuse du père qui dans un dernier râle ténébreux avouera à son fils qu'il l'a toujours aimé. Est-ce vraiment le moment ? Dans les films américains le coeur attend poliment la fin de phrase pour s'éteindre, mais en est-il de même dans une vie française ? J'en doute.
Je suis viscéralement allergique au regroupement, et si vous en doutez encore, j'organiserai une conférence, ou nous en parlerons tous ensembles.

Quel con.